jeudi 14 juillet 2011

Exposition sur l’univers dogon : LES TEMOIGNAGES D’UNE REMARQUABLE CREATIVITE



Source : L'Essor - Mali du 14 Juillet 2011.

Plus de dix siècles d’histoire des peuplements, des influences artistiques et culturelles sont parcourus à travers un rassemblement unique de chefs-d’œuvre.

L’exposition sur l’univers dogon présente l’histoire de l’art et de la culture dogon, du Xè siècle à nos jours, à travers plus de 330 œuvres exceptionnelles issues de collections du monde entier et rassemblées pour la première fois en France. L’art des Dogons du Mali est l’un des plus connus parmi les œuvres issues des cultures d’Afrique.

 Outre les chefs-d’œuvre qui ont fait la renommée de l’art dogon, l’exposition présente aussi des pièces cultuelles, ou même d’usage quotidien, qui évoquent les préoccupations métaphysiques et esthétiques des populations les ayant produites. Plus de dix siècles d’histoire des peuplements, des influences artistiques et culturelles sont ainsi parcourus à travers un rassemblement unique de chefs-d’œuvre incontournables et de pièces du quotidien inédites qui témoignent du peuplement progressif du pays Dogon et de la richesse de sa diversité stylistique.

 Elle restitue presque toute la force de l’art de la sculpture telle que l’ont conçue les Dogons, qu’il s’agisse du bois ou du métal, de pièces imposantes ou de puissants objets de petite dimension. Le parcours de l’exposition- Sur les 2000 m2 de la Galerie Jardin, l’exposition se compose de trois grandes parties thématiques qui illustrent l’histoire de l’art et de la culture du peuple Dogon au travers de productions artistiques variées. Sur le plan historique, les récentes recherches sur l’Afrique de l’Ouest ont démontré que les populations établies dans les diverses zones de la région n’étaient pas isolées.

 Les vagues de migrations, les pistes caravanières, les échanges commerciaux sur de longues distances ainsi que les relations avec les autres peuples résidant dans la région de Bandiagara ont permis de former un réseau développé de contacts, bien avant l’arrivée des Européens.

La population Dogon s’est donc enrichie de ces acquis que lui ont apportés les civilisations avoisinantes. Au-delà de l’unité apparente d’une identité commune forgée au fil des siècles, les statues présentées dans cette partie dévoilent la remarquable créativité du peuple Dogon et la grande diversité de ses productions artistiques. Elle explore la complexité sous-jacente au pays Dogon, perçu à tort comme un continuum culturel. Réparties selon différents styles correspondants à des sous-groupes ethniques ou à des aires géographiques spécifiques, 133 sculptures exceptionnelles témoignent de cette richesse : Djennenke, Niongom, Tombo, Tellem, Mande, N’Duleri, Tintam, Sculptures de la falaise, Bambou Toro, Kambari, Komakan. À leur arrivée sur le plateau de Bandiagara, les Dogons se retrouvent face à des peuples occupant déjà la région et possédant une culture matérielle élaborée.

 Ainsi les sculptures et textiles des Tellem retrouvés dans les sanctuaires coexistent sur la falaise avec les œuvres niongom et dogon, mandé, tandis qu’au nord, les sculptures djennenké et, au centre du plateau, les pièces tombo témoignent des vagues migratoires différentes.

L’imaginaire anthropologique. L’intérêt qui se développe en Occident pour l’art Dogon, de la conquête de Bandiagara en 1893 jusqu’à aujourd’hui, est d’abord une ambition scientifique, qui trouve sa pleine expression dans la mission Dakar-Djibouti. Marcel Griaule propose dans Masques Dogons (1938) une typologie d’une grande précision ethnographique.
 
 Objet de recherche privilégié, le masque Dogon participe à la construction de cette discipline ethnologique. Parallèlement à la quête scientifique et au développement des missions d’enquêtes sur le terrain, la fascination pour les objets et sculptures dogons s’intensifie. Les collectionneurs s’entourent non seulement de pièces de statutaires dogons mais aussi d’objets singuliers. Les 140 objets exposés dans cette dernière section témoignent de l’inclination des sculpteurs dogons à évoquer le mythe d’origine dans les objets du quotidien tels que bijoux, objets en bronze et en fer, poulies, portes, serrures, sièges, appuie-têtes, sculptures d’animaux, autels, arches, des coupes et des plats.
 
 Ces objets déclinent les mêmes canons stylistiques que les sculptures présentées dans la première partie. À la fin du parcours, une allée bordée de 10 piliers de Toguna, la « case à palabres » - construction ouverte érigée au centre des villages dogon mène à la grande statue Djennenké du musée du Quai Branly, chef-d’œuvre incontournable de l’art Dogon.
 
Youssouf  Doumbia.