samedi 29 mai 2010

Semaine culturelle de Kidal : Les préparatifs vont bon train





Le journal 22 Septembre-Mali du, 27 Mai 2010.
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Soucieuses de ramener au sein de la jeunesse et des femmes un climat d'allégresse, les plus hautes autorités administratives de la région de Kidal ont décidé d'organiser une Semaine culturelle. La Commission mise en place à cet effet est en plein travail.

Au cours d'une réunion d'information, qui regroupé plusieurs cadres du gouvernorat, des politiques et des structures présentes à Kidal, le gouverneur Yaya Dolo a tenu un langage très clair: "Il faut changer l'image de Kidal, qui est toujours associée à la mort, à la guerre, aux calamités. Il faut prouver aux Maliens, aux Africains, au monde entier que dans notre cité, il y a une autre vie. Celle des femmes, qui luttent à longueur de journée pour entretenir leurs foyers. Celle des jeunes, qui se battent à longueur de journée pour améliorer le cadre de leur vie et de leur ville".

C'est son Directeur de Cabinet qui s'est chargé de livrer les détails techniques de la fête qui s'annonce. On retiendra que le travail est une collaboration entre la Direction régionale de la jeunesse, le gouvernorat et la station de l'ORTM de Kidal. A cette équipe, il faut ajouter l'apport des partenaires, privés comme étatiques. Selon les explications de notre confrère de l'ORTM Kidal, Jaffar Haïdara, "c'est une télévision de proximité qui s'installera à Kidal pendant quatre jours". Dans ce cadre, des émissions comme Top Etoiles, Maxi Jeunes ou An Be kun seront enregistrées. Tours à tours, les acteurs politiques, de la société civile, de l'exécutif, prendront la parole pour débattre de différents sujets.

Le coût estimatif de cette grande première est de 27 millions de FCFA. Un budget qu'il faudra certainement augmenter. C'est pourquoi le gouverneur Yaya Dolo a lancé un vibrant appel à toutes les bonnes volontés, afin qu'elles apportent leurs contributions. Quelle qu'en soit la nature.

Déjà, plusieurs opérateurs économiques, dont le Président de l'Assemblée Régionale de Kidal, Abdoul Salam Ag Assalat, ont répondu favorablement.

En tout cas, cette initiative salutaire doit être soutenue, afin que la capitale de l'Adrar des Ifoghas montre aux hôtes son vrai visage. Celui de sa beauté naturelle, de sa vitalité et surtout de sa quête d'un développement harmonieux, malgré une nature souvent hostile.

Appui aux groupes vulnérables de Kidal :

L'action salutaire du PAM:
La région de Kidal, qui souffre actuellement d'une crise de sécheresse, a besoin de l'apport de tous les partenaires du Mali. C'est ce qu'a compris le Programme Alimentaire Mondial, en lançant, il y a quelques semaines, une distribution de vivres aux groupes les plus vulnérables de la ville de Kidal.

Lors de cette cérémonie simple, mais très importante, le maire de la ville, Arbacane Ag Abzaiack, a déclaré que "ce n'est pas la quantité qui compte, mais le geste". Le représentant du PAM à Kidal, Seydou Abba Cissé, de préciser que cette action prendra en compte trois mois de ration alimentaire, pour environ 9 900 femmes enceintes et allaitantes ainsi que des enfants de 6 à 23 mois.

Pour le gouverneur de Kidal, Yaya Dolo, "c'est l'aboutissement d'un long processus, pour pallier à toute éventualité". Il faut retenir que le PAM n'en est pas à sa première action du genre. Dans un autre volet, il intervient dans les cantines scolaires de la région de Kidal.

Paul Mben ; envoyé spécial

vendredi 28 mai 2010

Le Festival de la Concorde de Diré a vécu : La Palme d'honneur décernée à la marraine, Mme Touré Lobbo Traoré






















Le journal l'Indépendant-Mali du, 26 Mai 2010.

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Le festival de la Concorde s'est déroulé du 22 au 24 mai dans le cercle de Diré. La marraine de ce grand rendez-vous culturel, Mme Touré Lobbo Traoré, présidente de la Fondation pour l'Enfance a été décorée par le comité de pilotage du festival "Citoyenne d'honneur de la ville de Diré". La Palme d'honneur lui a été décernée pour son engagement dans l’action humanitaire.

Le cercle de Diré à cheval sur le fleuve Niger, au cœur de la 6ème région s'étend sur une superficie de 2 600 km2 avec une population de 107 124 habitants en 2009 repartie entre 13 Communes dont 12 rurales et une urbaine pour un total de 96 villages sédentaires et 26 fractions nomades.

Du 22 au 24 mai, cette ville vibrait au rythme de la première édition du festival de la Concorde. Cette manifestation culturelle avait comme objectif de renforcer l'esprit d'entente et de solidarité entre les communautés du cercle. Il s'agissait aussi de contribuer à la consolidation de la paix, de la sécurité, de la solidarité et de la cohésion sociale entre les populations et valoriser le patrimoine historique et culturel du cercle. Ce festival, faut-il le préciser, permettra, selon les organisateurs d'identifier les sites touristiques et les tombeaux des Saints, en vue de leur réhabilitation. En même temps, faire connaître les potentialités des artisans, éleveurs et paysans.

La marraine de cette première édition était une native de Diré, Mme Touré Lobbo Traoré, présidente de la Fondation pour l'Enfance et Maharafa Traoré, ministre de la Justice, Garde des Sceaux en était le parrain. La présence de l'épouse du chef de l'Etat à la cérémonie d'ouverture du festival a été fortement saluée par les organisateurs.
"Ma joie est d'autant plus immense qu'elle est à la dimension de l'accueil chaleureux et surtout de l'hospitalité légendaire que vous nous avez réservés. Aussi, voudrais-je vous réitérer ma profonde gratitude pour votre mobilisation de qualité avec une mention spéciale pour les femmes et les jeunes.

Ma présence physique à cette cérémonie en ma qualité de marraine, s'explique par le fait que je crois en Diré et en ses populations. Je suis sûre que le présent festival contribuera à donner à Diré partant à tout le cercle, ses lustres d'antan qui ont fait d'elle une ville lumière" a déclaré la Présidente de la Fondation pour l'Enfance. Selon elle, c'est un nouveau départ pour le cercle de Diré.

Avant de préciser que ce festival tire sa pertinence du caractère cosmopolite du cercle où les différentes ethnies se sont toujours côtoyées en parfaite harmonie. L'occasion était bonne de découvrir et de faire découvrir aux invités les potentialités de Diré et d'explorer les perspectives de son développement.

A l'ouverture du festival, Abdoulaye Diabaté et son groupe, Thialé Arby, Oumar Konaté… ont tenu en haleine l'assistance durant une demi-heure. A chacun de ces artistes, Mme Touré Lobbo Traoré a remis une enveloppe allant de 300 à 200 000 FCFA. Le show était au rendez-vous lors de la soirée du samedi 22 mai sur la place de l'indépendance.

Pour son engagement dans l’action humanitaire, le Comité de pilotage du festival présidé par Abdoulaye Albadia Dicko a décoré Mme Touré Lobbo Traoré "Citoyenne d'honneur de la Commune de Diré". La Palme d'honneur lui a été décernée sous des applaudissements. L'épouse du Chef de l'Etat a dédié cette décoration à toutes les populations de sa ville natale.

Le festival, multidimensionnel était composé de trois volets : culturel, économique et scientifique. Le volet culturel était axé sur des soirées artistiques et culturelles (théâtre, concours de chants et de danses traditionnelles..), la course de pirogue, les visites guidées sur les différents sites historiques : site de l'ancien village de Barikobé, site de Bellakaka, site de Tindirma, site du village d'Arham, site de la bergerie d'Elwalidji, site de N'Gorfouhondon, site des tombeaux des Saints…

Le volet économique du festival était axé sur la foire exposition des produits de l'artisanat, de l'agriculture et des activités dominantes du cercle. S'agissant du volet scientifique, une communication était prévue sur l'historique du cercle, la décentralisation, la déconcentration et le rôle des communautés dans la lutte contre le paludisme.

Envoyé Spécial *
Alou B HAIDARA

Sotelma-Malitel, sponsor officiel

La première édition du festival de la Concorde de Diré a tenu toutes ses promesses, selon les organisateurs. On pouvait remarquer plus de mille festivaliers venus de différents horizons de la 6ème région. C'était une véritable retrouvaille entre les ressortissants du Cercle de Diré. La réussite de cet événement culturel a été possible grâce à l'appui de certains partenaires et sponsors.
Le sponsor officiel était la Sotelma-Malitel. Une grande banderole était affichée sur le plateau de la scène musicale où on pouvait lire "Sotelma-Malitel, sponsor officiel du festival". Des casquettes de la société ont été également distribuées aux festivaliers.
A l'entrée de la foire exposition, on remarqait aussi des banderoles et des affiches de la société. C'est dire que Sotelma-Malitel continue et continuera de contribuer au développement culturel du Mali.

A.B. HAIDARA

lundi 24 mai 2010

Le Peul pasteur: un lien plein de sens entre l'homme et son betail



















L'histoire montre que les Peul ont conquis des régions, soumis des populations, introduit l'islam. Au Fouta-Djalon, ils ont créé un ةtat théocratique au XVIIIème siècle et sont devenus les maîtres du pays en s'installant dans le haut plateau, le plus propice à l'élevage.

Sédentarisés, ils sont restés des Peul. Mais la conquête du Sokoto par Ousman dan Fodio et la réforme religieuse qu'il y a menée, au début du XIXème siècle, ont abouti à ce paradoxe : la perte de l'identité des Peul — et de leur langue en particulier — et le triomphe de la culture des populations Haoussa conquises ; en somme, l'absorption des vainqueurs par la masse des vaincus. L'image attachée au Peul est celui d'un pasteur, incapable de s'adonner aux travaux des champs. On distingue souvent les WoDaaBe (Niger) et les Mbororo (Cameroun), pasteurs nomades dont l'élevage constitue l'activité essentielle, des Foulbé, également éleveurs, mais surtout agropasteurs, dont l'économie plus souple évolue au gré de phases sèches ou humides : ces Foulbé ont la capacité de s'investir dans l'élevage, dans l'agriculture ou dans le commerce et de favoriser l'une ou l'autre de ces activités en fonction des circonstances (crises climatiques, politiques ou économiques).

Malgré la diversité des situations, les Peul sont toujours identifiés et reconnus comme faisant partie d'une même communauté. Cette diversité rend très difficile leur analyse, tant il faudrait multiplier les exemples pour approcher la réalité. Il faut cependant réaliser que cette société est en perpétuelle évolution, que des migrations sont en cours, telles celles du Tchad en République centrafricaine ou du Mali en Côte d'Ivoire. Quitter une zone aride pour gagner une région humide n'est pas sans risques pour les troupeaux et s'accompagne de changements dans l'économie et dans le mode de vie. Ces exemples de mobilité dans l'espace et dans la gestion des troupeaux et dans la stratégie prouvent une capacité d'adaptation remarquable.

Mano Dayak : il etait une fois un fils du Tenere














Mano Dayak (1949 - 15 décembre 1995) était un entrepreneur touareg du Niger, l'un des chefs de la rébellion des années 1990.

Il est né dans la vallée de Tidene, au nord d'Agadez et appartient à la tribu des Ifoghas, originaire du Mali voisin. A l'âge de 10 ans, il suit avec réticence les cours de l'école française nomade d'Azzel, forcé par l'administration française. Mais il prend goût aux études et continue sa scolarité au collège d'Agadez avant de partir travailler à Niamey. A 20 ans, il part aux Etats-Unis où il poursuit ses études (bac et études supérieures) entre New York et Indianapolis, tout en travaillant. En 1973, il part à Paris, et s’inscrit dans la section de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes Technologiques en Anthropologie culturelle et sociale du monde berbère. Il s'y marie avec Odile, et ils ont eu ensuite deux fils : Mawli (ou Maoli) et Madani.

De retour au Niger, il devient guide dans le désert, salarié d'une agence de voyages française. Puis il fonde sa propre agence de tourisme Temet Voyages, qui devient la plus importante d'
Agadez. Il a ainsi contribué efficacement à l'essor du tourisme dans la région. Il a également participé à l'organisation du rallye Paris-Dakar, devenant proche de Thierry Sabine et à l'organisation de films tels que "Un thé au Sahara" de Bernardo Bertolucci.
En tant que leader de la CRA (Coordination de la Résistance Armée), il devient l'un des principaux chefs de la rébellion touarègue des années 1990, au même titre que Attaher Abdoulmomin chef du Front de Libération du Nord Niger, Rhissa ag Boula du FLAA (Front de Libération de l'Aïr et de l'Azawak) et Mohamed Anako de l'UFRA (Union des Forces de la Résistance Armée).

Le 15 décembre 1995, en vue des négociations, il doit rencontrer le président nigérien
Mahamane Ousmane et embarque à bord d'un avion affrété par un chargé de mission du gouvernement français en compagnie d'un journaliste français, Hubert Lassier, et deux autres chefs de la rébellion touarègue, dont Hamed Ahmed ag Khalou et Yahaha Willi Wil. Mais juste après son décollage, l'avion s'écrase. Tous ses passagers sont tués.

Cet accident tragique a contribué à forger sa légende, et il est aujourd'hui connu comme celui qui a rappelé au monde l'existence et la souffrance du peuple touareg. Son charisme lui a valu l'amitié et l'admiration de nombreuses personnalités telles que Bernardo Bertolucci, Jean-Marc Durou.
En 1996, un artisan touareg nommé Assaghid a créé en son honneur un bijou sur le modèle des croix des tribus du Niger, bijou qui reste le symbole de la rébellion.
L'aéroport d'Agadez s'appelle aujourd'hui "l'aéroport international Mano Dayak".
Dans leur dernier album intitulé Aman Iman,
Tinariwen lui rend hommage dans une chanson portant son nom.
Bibliographie:
Mano Dayak, Michael Stührenberg, Jérôme Strazzulla, Touareg, la Tragédie, Lattès, 1992 .
Mano Dayak et
Louis Valentin, Je suis né avec du Sable dans les Yeux, Fixot, 1999.

jeudi 20 mai 2010

Distinction : L’AMUPI ET EL HADJ BA ALI SANOGO LAURÉATS DU PRIX AHMED BABA




Le journal l'Essor-Mali du, 18 Mai 2010.

Ce prix récompense des personnes morales ou physiques qui se sont distinguées par leurs œuvres en faveur de la promotion de l’Islam et de la cohésion sociale.

L’Association malienne pour l’unité et la promotion de l’Islam (AMUPI) et El Hadj Bâ Ali Sanogo dit Boi Ali ont été les lauréats de la deuxième édition du prix Ahmed Baba. Ils sont honorés pour services rendus à l’Islam. Les deux lauréats ont reçu leurs distinctions, samedi, lors d’une cérémonie au Centre international des conférences de Bamako.

Celle-ci, présidé par le ministre de la Culture, Mohamed El Moctar, s’est déroulée en présence de son homologue des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Moctar Ouane, du président de l’association Ahmed Baba de Tombouctou, Aboubacar Dienta, du vice président l’AMUPI, Mody Sylla, et du président du Haut conseil islamique, Mahmoud Dicko. Des ambassadeurs de pays musulmans et des représentants d’associations et organisations islamiques de notre pays et d’ailleurs ont pris part à la cérémonie. L’Association Ahmed Baba de Tombouctou est une organisation apolitique qui s’attache à faire connaître des personnes physiques ou morales qui ont réalisé de grands travaux dans l’Islam.

Il s’agit de porter leurs travaux à la connaissance du public et de veiller à leur vulgarisation. C’est dans cette logique que le prix Ahmed Baba a été initié pour récompenser les services rendus à l’Islam. Il honore les personnes morales ou physiques qui se distinguent par leurs œuvres en faveur de la promotion de l’Islam et de la cohésion sociale dans notre pays, a expliqué Aboubacar Dienta. Le prix est composé d’un exemplaire du Coran, d’un diplôme, d’un trophée et d’une enveloppe symbolique. Les lauréats sont choisis par un jury composé de 31 membres sur toute l’étendue du territoire.

Les lauréats du prix sont des références en matière de promotion des valeurs de l’Islam et une source d’inspiration pour la jeune génération. Né à Tombouctou le 26 octobre 1556 et issu d’une famille de cadis et d’oulémas, de son vrai nom Abu Al-Abbas Ahmed Ibn Ahmed Al-takruri Al-Massufi, Ahmed Baba, est savant et homme de lettres. Très jeune, Ahmed Baba s’intéresse à tout ce qui touche aux sciences, à la philosophie et à la littérature. Il se spécialise en tant que grammairien et biographe. La bibliothèque de l’érudit fut célèbre dans tout le pays. Auteur prolixe, il a écrit plus de 700 ouvrages que le temps et la stupidité humaine n’ont malheureusement pas épargnés.

Ahmed Baba a écrit la biographie d’une centaine de savants de Sankoré. A cette époque, la civilisation malienne était à son apogée. Après le massacre de Tombouctou par les troupes d’El Mansour, en 1578, Ahmed Baba fut fait prisonnier. Il est exilé à Marrakech où il continua à écrire. Après sa libération, il revint à Tombouctou où il mourut en 1627. L’Institut des hautes études et de recherches islamiques ouvert à Tombouctou porte son nom. Créée en 1980, l’AMUPI est une association islamique présente sur l’ensemble de notre territoire. Elle a joué un rôle important dans la cohabitation pacifique des confréries et des adeptes en islam. Elle travaille à l’apaisement du climat social sur le plan politique, économique, culturel.

Le lauréat EL Hadj Bâ Ali Sanogo est imam. Il est le président de l’AMUPI, du Haut conseil islamique et de la section de limama de Sikasso. Âgé de 74 ans, l’homme de foi est reconnu pour son dévouement pour la promotion des valeurs de l’Islam. Le ministre, Mohamed El Moctar a, au nom du Premier ministre, remercié les organisateurs pour leur initiative qui participe à la promotion des valeurs d’humilité, de solidarité, de respect de l’autre qui caractérisent l’Islam. Le président du Haut conseil islamique, Mahmoud Dicko s’est réjoui du choix porté sur les lauréats. Le représentant de l’AMUPI, Bamoussa Touré, s’est réjoui de l’obtention de ce prix par son association dont elle marquera l’histoire.

Il a assuré que l’AMUPI veillera toujours à la promotion des valeurs de l’Islam et à la cohésion sociale des Maliens dans leur diversité religieuse. L’association continuera à jouer son rôle dans l’apaisement du climat social, la prévention et la gestion des crises à tous les niveaux, a promis Bamoussa Touré.

vendredi 14 mai 2010

Hommage à Amadou Hampâté Ba, un grand prêtre du temple de la culture africaine



Le journal l'Independant-Mali du, 14 Mai 2010.

Le 15 mai 1991, s'éteignait à Abidjan Amadou Hampâté Ba, à l'âge de 91 ans, après une vie tout entière consacrée à la réhabilitation des cultures orales africaines et au sauvetage de leurs textes les plus précieux, qu'il s'agisse de mythes, contes et légendes, d'Histoire, de poésie ou de religion traditionnelle.

Né au début de l'année 1900 à Bandiagara, Amadou Hampâté Ba, par sa naissance même, se situait au cœur de deux grands courants historiques. Par son père Hampâté, descendant d'une grande famille aristocratique peule ayant joué un rôle important dans l'Empire peul du Macina, il se rattachait à cet empire, plus tard conquis par Alhaji Umar. En revanche, par sa mère Kadidja, fille d'un maître d'initiation peule (silatigui) qui, jadis, avait tout quitté pour devenir le compagnon d'Alhaji Umar, il devait hériter des récits retraçant l'épopée d'Alhaji Umar.

Lorsque le chef toucouleur Tidiani Amadou Ali Thiam, condamné à l'exil par les autorités coloniales françaises, épousa en secondes noces sa mère, il passera avec eux plusieurs années à Bougouni. Il y recevra les initiations enfantines locales, ce qui lui permettra d'accéder à une nouvelle formation traditionnelle.

Sans doute faut-il voir, dans cette confluence des différents courants historiques et traditionnels qui marqueront sa vie et auxquels s'ajoutera par la suite la dimension spirituelle islamique, l'origine de sa future vocation d'historien et de chercheur.

Amadou Hampâté Ba est un peul du clan " Baabe" du Fakala. Il se rattache par sa naissance aux Peuls du Macina et par des alliances matrimoniales de ses ascendants aux Toucouleurs.

Son grand-père maternel, Pâté Poullo était le berger du troupeau personnel d'Alhaji Umar. Pâté Poullo était un peul pasteur du clan Diallo, originaire de la région de Dienguel au Sénégal qui avait tout abandonné (parents, troupeau) pour suivre Alhaji Umar qu'il avait vu lors d'une des tournées de celui-ci au Fouta-Toro. Pâté Poullo était un silatigui, c'est-à-dire un grand maître en initiation pastorale. Il était doté de facultés hors du commun : voyant, devin, guérisseur, il connaissait le visible et l'invisible, il entendait le langage des oiseaux.

Le père de Amadou Hampâté Ba a été le seul rescapé de sa famille des massacres des Peuls opérés par les Toucouleurs après leur conquête du Macina. En effet à Sofara, Tidiani neveu et successeur d'Alhaji Umar au Macina avait fait exécuter en une matinée quarante membres de la famille de Amadou Hampâté Ba. Seul son père Hampâté avait miraculeusement échappé parce qu'il était absent ce jour-là de la concession paternelle. Hampâté était également le fils de Aïchata Hafiz Diaba, fille du célèbre Hafiz Diaba, membre du Batu-Mawdo (Grand Conseil) de la Dina au temps de Sékou Amadou. Hafiz Diaba, de son vrai nom Mohammadoun Attman Ba est enterré à Diéba-Djennenkoré à l'est de Sofara.

Amadou Hampâté Ba, orphelin de père très tôt a été élevé par les Toucouleurs : dans sa première enfance par Tidiani Ali Thiam, chef de la province de Louta et par Thierno Bokar, son maître et père spirituel qui l'avait fait moqqadem de la chaîne Hamalliste.

L'armée de Tidiani au cours de l'une de ses expéditions contre les îlots de résistance peule dans le delta intérieur du Niger prit le village de Ténenkou et en ramena des prisonniers. Parmi ceux-ci figurait une très grande dame peule du Macina, Anta N'Diobdi Sow, arrière-petite-fille des Hamsallah et appartenant à la famille de Sammodi, le fondateur de Diafarabé. Anta était une tante maternelle de Hampâté. C'est elle qui sera l'épouse de Pâté Poullo. De leur union naquirent six enfants dont la mère de Amadou Hampâté Ba, Kadidja.

A douze ans il est requisitionné par l’école française
A douze ans, après le retour de sa famille à Bandiagara, alors qu'il suivait les cours d'école coranique de son maître Tierno Bokar, son destin bascule : il est réquisitionné d'office pour l'école française. Il passe son certificat d'études, puis se sauve pour rejoindre sa mère, alors installé à Kati, près de Bamako.


Après quelques années d'interruption il reprend ses études à Bamako et prépare le concours d'entrée à l'Ecole Normale William Ponty, à Gorée (Sénégal). Il est admis, mais sa mère refuse de le laisser partir pour le Sénégal. Il ne peut que s'incliner et annonce aux autorités qu'il ne rejoindra pas le groupe des élèves en partance. Pour le punir de son "indiscipline", le Gouverneur l'affecte d'office au poste le plus éloigné possible, à Ouagadougou, et au plus bas degré de l'échelle administrative, en qualité


d' " écrivain temporaire à titre essentiellement précaire et révocable". Par " écrivain ", bien sûr, il fallait entendre " commis aux écritures ".

Amadou Hampâté Bâ reste onze années en Haute-Volta (actuel Burkina Faso), de 1922 à 1933. Il gravit par concours internes tous les échelons hiérarchiques alors accessibles aux indigènes et occupe même un temps les fonctions de chef de Poste de Tougan. Il profite de son passage dans les différentes régions du pays mossi pour accumuler les informations sur les traditions des ethnies locales.

Jusqu'à son départ pour la Haute-Volta, il se contentait d'enregistrer dans sa mémoire tout ce qu'il recueillait en matière de contes ou de traditions. A partir de 1922, il commence à noter systématiquement par écrit tout ce qu'il entend ou observé, constituant ainsi le début d'un énorme stock d'archives manuscrites.

En 1933, il revient au Mali. Il est affecté à Bamako en qualité de Commis d'Administration. De 1933 à 1942, il occupe le poste de Premier Secrétaire de la Mairie et, épisodiquement (sans appartenir au corps des interprètes), celui d'interprète du Gouverneur. Après plusieurs années de difficultés et de tracasseries du fait de son appartenance avec Tierno Bokar à une branche de la Tidjaniyya alors mal vue des autorités coloniales françaises, la branche dite "hamalliste", il est détaché à l'IFAN de Dakar où le Professeur Théodore Monod, fondateur-directeur de cet Institut réussit à le faire nommer. Affecté à la section " Ethnologie " de l'Institut, Amadou Hampâté Ba peut enfin se consacrer à plein temps à sa vocation de chercheur.

Il effectue des missions sur le terrain presque dans tous les territoires de l'ancienne A.O.F et commence à publier de nombreux articles dans le Bulletin de l'I.F.A.N. et diverses revues africaines (Présence Africaine, Notes Africaines…).C'est alors qu'il recueille auprès de l'un des derniers grands maîtres d'initiation peule du Ferlo sénégalais Ardo Dembo, le texte initiatique Koumen qu'il publiera en 1961, dans la collection " Les Cahiers de l'Homme " avec Germaine Dieterlen.

Toujours au compte de l'I.F.A.N, il sera affecté à Diafarabé au Soudan-Français auprès de Jacques Daget, alors directeur du laboratoire d'hydrobiologie de Kara. Ce qui va lui permettre de poursuivre dans le même temps une longue et minutieuse enquête de quinze années qui aboutit à la rédaction, avec Jacques Daget, de l'Empire peul du Macina (Mouton 1955, repris par les N.E.A d'Abidjan en 1984), ouvrage réalisé d'après les seules données de la tradition orale.

Fondateur de l’Institut des Sciences Humaines du Mali avant d’être Ambassadeur en Côte d’Ivoire
En 1946, pressenti par l'administration française pour se présenter aux élections comme délégué à l'Assemblée Constituante, il refuse par scrupule religieux, soucieux de ne pas occuper de poste de " commandant politique ".
En 1951, grâce à une bourse de l'Unesco, il effectue un séjour d'un an en France, au cours duquel il noue de solides amitiés dans les milieux africanistes et orientalistes de Paris.

En 1957, il est nommé Administrateur de la SORAFOM (Radiodiffusion française d'Outre-mer) pour laquelle il réalise de nombreuses émissions culturelles. La même année, il publie avec Marcel Cardaire, aux Editions Présence Africaine, un ouvrage consacré à son maître spirituel : Tierno Bokar, le Sage de Bandiagara. Il préside également à la rédaction du mensuel l'Afrique en marche, où il publie de nombreux contes et récits historiques.

En 1960, Amadou Hampâté Ba fonde à Bamako sur le modèle de l'IFAN de Dakar, l'Institut des Sciences Humaines dont il assure la direction jusqu'en 1961.
Plus tard, en 1962, parce que le Mali a besoin d'une ouverture sur le port d'Abidjan à la suite de sa rupture avec le Sénégal, il accepte d'exercer momentanément les fonctions d'Ambassadeur du Mali en Côte d'Ivoire auprès de son ami Houphouët Boigny, mais il se démettra lui-même de ces fonctions en 1966, la situation s'étant normalisée entre le Mali et le Sénégal.

Il est vrai qu'entre temps l'Unesco lui a ouvert ses portes et qu'il y trouve à exercer l'une de ses vocations essentielles : le dialogue humain. Après avoir été délégué par le Mali à la Conférence Générale de 1960, réunissant pour la première fois les représentants des pays africains nouvellement indépendants, il est élu en 1962 membre du Conseil Exécutif de l'Unesco, mandat qu'il conservera pendant huit années au cours desquelles il mènera une action inlassable pour la reconnaissance et le sauvetage des cultures orales africaines avant qu'il ne soit trop tard, ce qui l'amènera à prononcer sa célèbre phrase sur les "bibliothèques qui brûlent".

Ce que l'on sait moins, c'est qu'il laissa dans cette Institution, sensible aux grands courants de la politique internationale, le souvenir d'un grand conciliateur, toujours soucieux de dialogue et de mutuelle compréhension, et qui avait le don de dénouer les situations les plus tendues en racontant au bon moment tel conte ou telle historiette africaine adaptés à la situation et où chacun pouvait se reconnaître sans en être blessé.

En 1965 et 1966, il participe activement, au nom de l'Unesco, à la préparation et à la tenue du colloque de Bamako de février-mars 1966 sur l'unification de la transcription des langues africaines en caractères latins, colloque au cours duquel il présente lui-même un alphabet qui sera adopté à quelques détails près.

A partir de 1970, libéré de ses fonctions de l'UNESCO, Amadou Hampâté Ba se consacre désormais à ses travaux personnels. Il produit alors une œuvre considérable.

Déjà, en 1969, la collection " Les Classiques africains " avait publié en version poétique bilingue un grand texte initiatique peul présenté, traduit et versifié par lui : Kaïdara (édité conjointement avec L. Kesteloot). Puis sortent successivement Aspects de la civilisation africaine en 1972 et, en 1973, l'Etrange destin de Wagrin, qui obtiendra le " Grand Prix Littéraire de l'Afrique noire " en 1974. Cette même année, les " Classiques africains " publient un nouveau texte initiatique peul : L'Eclat de la grande étoile (édité avec L. Kesteloot, Chr. Seydou et A. I. Sow).

Commence alors une série de publications aux nouvelles Editions Africaines d'Abidjan : en 1976, Jésus vu par un Musulman; en 1977, Petit Bodiel, conte drolatique peul à fond initiatique; en 1978, la version en prose de Kaydara. En 1984, les N.E.A. rééditent L'Empire peul du Macina, conjointement avec l'E.H.E.S.S. En 1985 paraît Njeddo Dewal, mère de la calamité, grand conte féerique et fantastique peul où s'affrontent, à travers mille et une aventures, les représentants du Bien et du Mal ; et, en 1987, les N.E.A. publient La Poignée de poussière, contes et récits du Mali.

Entre temps, en 1980, Amadou Hampâté Ba publie aux Editions du Seuil (coll. "Point-Sagesse") une nouvelle version, réécrite et complétée, de la vie de son maître : Vie et Enseignement de Tierno Bokar sans parler de très nombreux articles ; il participe aussi à de nombreuses émissions de radio et de télévision, à des causeries et à des colloques à travers le monde et apporte sa contribution à des ouvrages collectifs, notamment avec son article sur " La tradition vivante " dans L'Histoire Générale de l'Afrique, Tome I (Ed. Unesco/Jeune Afrique).

Et pourtant, cette énorme production n'est que la partie visible de l'iceberg. Il reste, dans les archives d'Amadou Hampâté Ba, de très nombreux manuscrits, à exploiter portant aussi bien sur l'Histoire que sur les traditions africaines, la littérature orale ou la spiritualité islamique, sans parler de sa production poétique personnelle en peul dont la plus grande partie reste à traduire. (Voir l'Inventaire du Fonds Amadou Hampâté Ba établi par A. I. Sow et publié chez Klincksieck en 1970).

Le premier tome de ses mémoires : Amkoullel, l'enfant peul, paru aux Editions Actes Sud en septembre 1991, a obtenu le " Grand Prix littéraire d'Afrique noire hors concours " en décembre 1991 ainsi que le " Prix des Tropiques" décerné par la C.C.C.E, (Caisse Centrale de Coopération Economique).

Quelques mois après sa disparition, un groupe d'amis proches d'Amadou Hampâté Ba résidant en France proposa au Gouvernement malien d'organiser une " Année Amadou Hampâté Ba " s'articulant autour de quatre grands projets : création à Bamako d'un Institut Amadou Hampâté Ba ; distribution de ses ouvrages dans les bibliothèques publiques et les écoles du Mali ; tenue à la fin de l'année d'un colloque international et, dans le même temps, organisation à Bamako d'un Salon international du livre et de l'édition.

L'idée fut accueillie avec un grand intérêt par le Gouvernement du Mali de l'époque (octobre 1991), mais compte tenu de ses priorités du moment, ne put donner suite et suggéra de reprendre cette initiative à titre privé.
C'est alors qu'il fut envisagé la création d'une association qui prit le nom de " Cercle Amadou Hampâté Ba ".

Dans la voie tracée par la pensée et l'action d'Amadou Hampâté Ba, l'objectif principal du Cercle était de réunir tous ceux qui, à travers le monde, oeuvrent à la sauvegarde et à la promotion des cultures de l'oralité, notamment africaines. Contribuer à une meilleure connaissance de ces cultures, en particulier par la diffusion de la pensée et de l'œuvre d'Amadou Hampâté Ba ; l'impulsion soutenue que requièrent la collecte et la conservation des traditions orales ; l'appui à la transcription de ces traditions, leur étude et leur intégration dans l'enseignement et la recherche ; l'enrichissement des bibliothèques et médiathèques en ouvrages et documents relatifs aux traditions orales africaines ; le soutien et la participation à toutes actions et manifestations visant à réhabiliter et à préserver les traditions orales ; la sensibilisation des jeunes aux valeurs culturelles d'origine ; le développement des échanges entre tous ceux qui oeuvrent au dialogue des cultures et des religions ; la publication, ou l'appui à la publication et à la diffusion des œuvres propres à favoriser ce dialogue.

« Un éternel élève, toujours avide d’apprendre» disait-il de lui-même
Amadou Hampâté Ba nous apparaît aujourd'hui comme un des derniers représentants de ces grands hommes du savoir que l'Afrique sahélienne a toujours produits. En effet, les régions du Delta Intérieur du Niger et de la Boucle du Niger qui dès le XVIe siècle étaient de grands foyers intellectuels et religieux ont vu naître au fil des siècles des hommes remarquables par leur science et leur grande piété et dont l'intelligence extraordinaire et la mémoire prodigieuse en ont fait des hommes de grand savoir, de véritables " perles " uniques de leur temps. Mahmoud Bakhayogo, Ahmed Baba, Ahmed El Bekkay Kunta, Alfa Nouhoum Tahirou, Sékou Yerkoy Talfi, Amadou Hampâté Ba sont de ceux-là.

Grand prêtre du temple de la culture africaine, Amadou Hampâté Ba est avec son compatriote Fily Dabo Sissoko, le Nigérien Boubou Hama, le Mauritanien Oumar Ba, le Dahoméen Paul Hazoumé, le Sénégalais Cheickh Anta Diop, de ceux qui ont le mieux expliqué la société africaine, faite de la coexistence, de l'interprétation de deux mondes : le visible et l'invisible ; l'un physique, l'autre spirituel. Véritable monument de la civilisation africaine, Hampâté Ba apporte encore plus parce qu'il dit, ce qu'il conte, que par ce qu'il écrit.

Venu avec ce siècle dont il se plaisait à dire qu'il en était le fils aîné, il est presque parti avec lui le 15 mai 1991. Avec sa disparition, l'Afrique perd certainement une de ses plus grandes bibliothèques.

Homme de la tradition orale et hériter privilégié de l'histoire et de la culture africaines, Amadou Hampâté Ba n'a cessé tout au long de sa vie, d'en recueillir et d'en transmettre les richesses qu'il a été l'un des premiers à révéler au monde occidental.
Elevé dans les pures traditions de son milieu peul, il est allé quelques années à l'école française mais a pu et a su rester imprégné par les enseignements et la philosophie de ses maîtres en particulier Tierno Bokar, homme de grande spiritualité et de sagesse musulmane et en même temps se servir - et avec quel talent - de l'écrit et de la langue française pour faire accéder africains et non-africains à son savoir traditionnel et sauver de l'oubli des trésors de la grande littérature orale africaine.

Amadou Hampâté Ba a fait de trois vertus cardinales son pain quotidien. D'abord, la tolérance qu'il a apprise de son maître Tierno Bokar. Ensuite, la faim et la soif de savoir, la passion et l'admiration pour les choses de l'esprit qu'il plaçait au sommet de la hiérarchie des valeurs. Car c'est par l'esprit que l'homme est l'émule de Dieu et qu'il réussit à progresser dans le monde. Enfin la fidélité aux racines africaines sans lesquelles nous perdrons notre identité culturelle. Tel est le credo de celui qui se définit modestement comme " un éternel élève, toujours avide d'apprendre ".

Amadou Hampâté Ba a été donc, bien plus qu'un écrivain, un homme de lettres, un chercheur, il a surtout été un humaniste, un modèle de tolérance et d'ouverture aux autres. Dans un monde où se multiplient les conflits les plus violents et les plus atroces, d'origine ethnique, religieuse ou nationaliste, l'exemple d'un Amadou Hampâté Ba, dont l'œuvre est toute imprégnée d'amour et de bonté et la vie constamment orientée vers la compréhension mutuelle, est plus nécessaire que jamais.

Il a toujours su faire rire en enseignant. Doté d'un fabuleux talent de conteur propre à détendre dans les instances internationales les atmosphères les plus lourdes, son humour était toujours présent dans ses propos. Il disait : " Toujours trop sérieux n'est pas très sérieux ".

Amadou Hampâté Ba mérite à notre avis, à lui tout seul un monument pour lui rendre hommage et éviter le chevauchement qui est fait avec Banzoumana Sissoko (un autre monstre sacré de la culture malienne) au niveau du Palais de la Culture et dont le nom est d'ailleurs de moins en moins évoqué. Le Palais de la Culture aurait dû être baptisé " Palais de la Culture Banzoumana Sissoko " comme c'est le cas de tous les Théâtres à travers l'Afrique et même le Mali. Cela éviterait que le nom de Banzoumana Sissoko tombe un peu dans " l'oubli".

En ce qui concerne Amadou Hampâté Ba à défaut de voir une Université au Mali porter son nom, l'Institut des Sciences Humaines de Bamako qu'il a créé pourrait être baptisé " Institut des Sciences Humaines Amadou Hampâté Ba ".

En guise de rappel, l'année où l'Université de Dakar fut baptisée Université Cheickh Anta Diop, le nom de Cheickh Anta Diop était loin de faire l'unanimité mais les Sénégalais ont su transcender leurs clivages politiques et autres...

Puisse l'esprit d'Amadou Hampâté Ba continuer de souffler sur le Mali et sur l'Afrique et plus sûrement encore dans l'atmosphère feutrée des bibliothèques où se trouvent les œuvres de cet érudit, historien, philosophe, conteur et véritable encyclopédie vivante.

Dr Ibrahima BARRY Historien
Institut des Sciences Humaines - Bamako.

lundi 3 mai 2010

Les rois de Ségou : bientot dans nos foyers



Le journal l'Essor -Mali du, 03 Mai 2010.

Cette nouvelle série télévisée va faire connaître aux générations actuelles, ces hommes qui ont écrit une page glorieuse de notre histoire.

Les feuilletons "Dou la famille" et "Ba Djènè" ont remporté un franc succès auprès des téléspectateurs maliens et africains. Le réalisateur de ces belles oeuvres, Boubacar Sidibé, s’apprête à proposer une nouvelle série aux cinéphiles intitulée " les rois de Ségou". Il ne s’agit pas d’une histoire de fiction sur notre quotidien, mais d’un film historique. Les rois de Ségou font notre fierté.

Les hauts faits sont encore chantés par les griots. En 20 épisodes de 26 minutes chacun, le réalisateur tentera de mieux faire connaître les rois Biton Coulibaly, N’Golo Diarra, Monzon Diarra, Dah Diarra. Après le tournage dans la forêt classée de Tienfala et N’gama (Ségou), l’oeuvre d’art est actuellement au niveau de la post- production. Cette coproduction entre l’ORTM, Brico films, et Sarama fils coûtera environ 220 millions de Fcfa. Le réalisateur estime que la nouvelle série sensibilisera et fera connaître les us et coutumes. Elle donnera aux africains la possibilité de voir à l’écran leur passé à travers une mise en scène attrayante et compréhensible pour un large public.

Le réalisateur Boubacar Sidibé explique que tout est parti de deux constats. Premièrement la télévision dans sa forme actuelle est confrontée à une forte demande des téléspectateurs à cause de l’insuffisance de séries ou de feuilletons faits sur les réalités maliennes. Elle éprouve beaucoup de difficultés à honorer cette demande compte tenu des moyens limités. La télévision malienne a fait des efforts pour combler ce vide. Elle a réalisé "Les Aventures de Seko" (5 épisodes de 26 minutes) "Walaha" (20 épisodes de 26 minutes) et "DOU" (45 épisodes de 26 minutes). Ces trois séries ont été bien accueillies par le public.

Deuxièmement les thèmes de bon nombre de séries africaines portent sur des idées et des réalités contemporaines. Loin de dédaigner le coté de distraction et l’enrichissement intellectuel que ces séries apportent. Boubacar Sidibé se dit frustré et même révolté de ne pas regarder sur le petit écran des séries qui auscultent notre histoire. Des séries dans lesquelles, il aurait voulu se reconnaître et se remettre en questions dans des séries traitant les grandes figures, les événements glorieux de notre riche histoire. Il est convaincu que celui qui ne sait pas d’où il vient ne saura pas où il va.

40 épisodes. Pendant des mois le réalisateur a rencontré et écouté plusieurs griots et traditionalistes qui chantent et racontent l’épopée de Ségou. Il a eu des entretiens avec des historiens et des chercheurs spécialistes du royaume bambara de Ségou. Le souci du cinéaste est de partager et de faire découvrir à d’autres cette saga qui dura plus d’un siècle. Il a tiré de cette riche documentation une série de 40 épisodes de 26 minutes en deux saisons. Cette série décrira de manière réaliste l’univers et la vie des rois de Ségou. Elle révélera des hommes et des femmes qui ont écrit une page glorieuse de l’histoire africaine. Les scenarii seront développés à travers une mise en scène attrayante, instructive et compréhensible pour un large public.

Cette fiction, explique le réalisateur, fera découvrir aux téléspectateurs et leur fera connaître des valeurs du passé et des pratiques sociétales positives qui manquent à notre société contemporaine. Les intrigues et les sous intrigues inspirées par la vie quotidienne vont être solides et réalistes dans des histoires qui mettent en scène Biton Coulibaly, chasseur, fondateur du royaume bambara de Ségou, sa femme Banadiè, ses enfants, son griot Sankoï Koïta. Binaba Coulibaly de N’Golokuna, Bakary Djan le vainqueur de l’invulnérable Bilissi, N’golo Diarra, roi de Ségou. Monzon Diarra ou Kèlè Monzon (roi combattant de Ségou).

Tiétiguiba Dante grand griot du roi Dah fils de Monzon et vainqueur du roi magicien Samayana Bassi, de Diakrouna Toto roi de Diakrouna trahi par son épouse Saran, la princesse de l’imprenable Dionkoloni, etc... Les principaux décors sont les demeures et les cours des rois, les rues des cités, les concessions des familles, le fleuve, les champs de bataille où vivent et se croisent les personnages de cette fiction. La série donne le point de vue des personnages à travers des histoires comportant des enjeux dramatiques essentiels, leurs rêves, leurs préoccupations et leurs soucis quotidiens. Le thème central de la série concerne le goût du risque, les actes de bravoure, les faits d’armes. Dans certains épisodes l’amour-propre d’un prince déclenche un conflit, un drame, un complot, une guerre.

L’orgueil est valorisé même s’il entraîne des catastrophes. L’insulte ne se guérit que dans le sang. Le défi se relève même s’il est déraisonnable et si la partie est perdue d’avance. Car l’orgueil est une qualité épique. Quand il se double de vaillance et de noblesse, il devient vertu. Le preux force l’admiration. Il peut se vanter sans ridicule, se permettre toutes les témérité. L’honneur interdit les actes et les sentiments jugés indignes. Les sages classent dans cette catégorie la lâcheté, la crainte, la fuite devant l’ennemi, l’acceptation de la servitude.

L’honneur traduit la fidélité à l’ami jusqu’à la mort incluse et le respect sacré de la parole donnée. L’épouse de Marihéri, roi de Dionkoloni le suit librement dans la mort. Son époux de roi avait décidé de ne pas tomber vivant aux mains de Da Monzon. Mieux vaut la mort que le déshonneur.