samedi 29 novembre 2008

Sans paix, il n’ y a pas de développement du tourisme...


Kidal a abrité cette année les festivités marquant la rentrée culturelle et le lancement de la saison touristique. Au terme des activités, nous avons posé quelques questions au ministre de l’artisanat et du tourisme. N’Diaye Bah s’est dit satisfait de la tenue de ces deux événements à Kidal. Il nous fait le bilan de la rentrée culturelle et du lancement de la saison touristique et la place qu’occupe le tourisme dans l’économie de notre pays.
Bamako Hebdo : Nous sommes au terme des activités du lancement de la saison touristique et de la rentrée culturelle. Quel bilan tirez vous de ces deux événements ?
N’Diaye Bah : D’abord je vous remercie au nom de mon collègue de la culture, je vous remercie de votre accompagnement. Il n’est pas évident de se déplacer de Bamako à Kidal, non seulement pour la distance mais pour tous les préjugés qui sont attachés à la région. Quand vous dites Kidal à un Malien, c’est l’univers carcéral qui vient à l’esprit, c’est l’insécurité etc. Donc je suis très heureux que vous veniez vous-même constater de visu que Kidal est une région comme les autres régions du Mali. Une région qui fait partie de notre pays, une région qui veut se développer. D’abord montrer à tous les Maliens que Kidal est une ville extrêmement agréable, une ville en devenir, une ville en développement. Ensuite révéler aux Maliens les immenses potentialités touristiques et culturelles de cette région. Si ces potentialités sont développées, ça peut être une chance pour cette région. Vous savez culture et tourisme ne riment pas avec la violence, A notre conférence débat, nous avons fait comprendre à nos compatriotes que pour développer la culture et le tourisme ici, il faut la paix. Je pense que le message est entendu.
Le maire de Kidal a exprimé certains besoins comme la construction d’un hôtel, la transformation de la prison de Kidal en musée des droits de l’homme et la construction d’une maison de l’artisanat, qu’avez-vous à lui dire ?
Je pense que nous avons anticipé, le gouvernement a anticipé, il y a un bel hôtel en construction que nous avons visité à Kidal. Pour ce qui est du village artisanal, les études sont faites et terminées, nous allons le programmer. Pour le bagne de Kidal, mon collègue de la culture va vous répondre, en tout cas s’il est réhabilité, ce sera un site touristique extraordinaire pour Kidal.
Est ce que vous pouvez nous parler des potentialités touristiques de Kidal ?
Vous savez notre tourisme est totalement culturel. Le ministre est à mes côtés, vous savez qu’il a déjà nommé un directeur à Essouk Essouk est un centre médiéval historique extraordinaire, qui abrite des pièces très, très rares. Vous avez entendu parler du bagne. C’est un témoignage de notre pays qu’on ne peut pas effacer. Vous avez Tessalit, Aguelhoc , il y a la culture du désert, le tourisme du désert, et il y a l’artisanat, donc les potentialités sont immenses. Il suffit tout simplement qu’il y ait une synergie entre les différents ministères, surtout le ministère de l’équipement qui fait la route, ce qui va faciliter beaucoup l’accès à Kidal.
Malgré tout ce qui a été fait, peut-on considérer les problèmes de sécurité comme des préjugés ?
Vous savez que notre pays a ceci de particulier que nous sommes un vieux pays, un pays qui chaque fois qu’un conflit éclate, met en branle les mécanismes traditionnels de règlement des conflits. Et ce mécanisme c’est quoi, c’est l’arbre à palabre, la gestion consensuelle des conflits. Je pense que le chef de l’Etat a donné l’exemple, à un moment où beaucoup de Maliens étaient fâchés, pensaient qu’on devait mater les rebelles, il a privilégie la voie du dialogue. Je pense que c’est la voie la plus sage, mais quand vous prenez le tourisme, je ne vous cite pas de pays, il s’est effondré dans plusieurs pays, à cause de la violence, des rebellions, Dieu merci, non seulement nous l’avons maintenu le flux touristique en direction du Mali, mais nous avons augmenté. S’il y avait l’insécurité à Kidal, si on avait privilégié la voie des armes ça allait se faire ressentir sur nos chiffres nationaux. Donc le tourisme chez nous aussi allait s’effondrer. Vous savez que l’alliance du 23 mai est attendue ici. Ce qui est extraordinaire c’est que 95% des populations qui sont acquis à la paix. Vous étiez à miss ortm, toutes les candidates qui on parlé se sont prononcé sur la paix, lors de la rentrée culturelle c’était la même chose. Les populations de Kidal ont compris que sans la paix, elles ne peuvent pas se développer. Et je pense que ce processus est désormais irréversible, et on ne peut plus reculer.
Qu’en est-il de la carte touristique du Mali ?
C’est l’élaboration du schéma directeur du tourisme qui concerne toutes les régions du Mali, il n y a pas une région qui sera exclue de Kayes à Kidal, ça c’est le premier point, Deuxièmement nous sommes en train de préparer un guide Hachette pour le Mali et les auteurs sont là, nous les avons fait venir d’Europe parce que nous ne pouvions pas avoir un guide Hachette sans Kidal.
Ils sont là, ils vont travailler, parce que nous avons une chance par rapport aux autres pays, nous avons le tourisme culturel, or vous savez toutes les régions du Mali ont des potentialités culturelles, nous avons un pays divers. Lors de la soirée culturelle, vous avez vu un échantillon de la culture de Kidal, vous avez vu la variété des troupes, chaque région du Mali à ses potentialités touristiques et culturelles, et je pense que chaque région en développant ses propres potentialités peut devenir une puissance touristique.
Après le lancement de la saison touristique on peut s’attendre à combien de touristes cette année au Mali ?
Nous étions à 250 000 en 2007, nous comptons pulvériser les 300 000 en 2008 et augmenter notre part du marché, parce que nous sommes le seul pays qui fait la promotion continue sur le marché européen. Nous sommes le seul pays à avoir un contact étroit avec les tours opérateurs, nous sommes le seul pays à organiser des éductours, c’est-à-dire des voyages guidés pour ceux qui décident d’envoyer des touristes. Nous sommes le seul pays à être présent sur le marché de l’artisanat un mois en France, c’est une façon de vendre l’image de notre pays. Il y a vous aussi la presse, quand on parle du Mali, on parle de la bonne gouvernance, de la presse qui est libre, vous êtes là en train de faire votre travail librement sans influence. Le Mali est un pays de bonne gouvernance et la bonne gouvernance dans le tourisme ça fait 50%, s’il n’y a pas de bonne gouvernance dans un pays les touristes ne viennent pas.
Qu’est ce que le tourisme représente dans l’économie malienne ?
Moi je vais vous donner des chiffres, En 2002 quand le président ATT venait aux affaires, nous n’avions que 93 000 touristes, aujourd’hui nous allons boucler l’année avec 300 000 touristes, donc nous avons multiplié le nombre de touristes par plus de 4. Nous étions à 107 hôtels, nous sommes aujourd’hui à plus de 403 hôtels, Bamako peut recevoir toutes les conférences internationales du monde. Nous n’aurons pas de problèmes de capacités d’hébergement.
Les agences de voyages, c’est la révolution parce que des jeunes comme vous sont en train de s’installer et ils gagnent leur vie. Vous avez des investissements dans le secteur du tourisme qui dépassent les 100 milliards, vous avez des recettes qui dépassent les 120 milliards. Aujourd’hui quand vous prenez la part du tourisme dans le PIB ça dépasse les 5% et le tourisme est le troisième produit d’exportation du Mali après l’or, le coton.

Source:Bamako Hebdo ,29-11-2008

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