mardi 6 avril 2010

Culture de paix au Mali : le «sanankouya» ou «alliance à plaisanterie»






Le «sanankouya» que certains ethnologues ont maladroitement assimilé à une «parenté à plaisanterie» (appelée aussi cousinage à plaisanterie) est un système de solidarité inter-clanique et inter-ethnique très répandu en Afrique de l’Ouest.

Il ne repose pas sur une parenté réelle entre alliés à la différence de la «parenté à plaisanterie» qui concerne des personnes ayant des liens de parenté avérés. La manifestation la plus remarquable du sanankouya réside dans les échanges de plaisanteries entre alliés. Les propos souvent injurieux qu’échangent à toute occasion les partenaires ne peuvent donner lieu à aucune conséquence.

Mais au delà de cet aspect ludique, l’alliance requiert une assistance mutuelle entre alliés (sanankoun) en toutes circonstances, un devoir voire une obligation de médiation lorsque l’un des partenaires est en conflit avec un tiers. De nombreuses études consacrées à ce phénomène typique des sociétés ouest africaines ont donné lieu à des interprétations différentes quant à ses origines et à sa signification.

M. Griaule et V. Pâques l’ont interprété comme étant une «alliance cathartique avec fonction purificatrice» reposant au départ sur un serment qui scellait un pacte de fraternisation. L’alliance engage donc les contractants et leurs descendants. Elle unit des groupes portant des patronymes différents et qui se repartissent entre différentes ethnies vivant dans différents pays de l’Afrique de l’Ouest. On peut citer ainsi les alliances Diarra-Traoré; Keïta-Coulibaly, Touré-Cissé-Diaby, Bathily-Soumaré.

Le sanankouya (appelé Mangu chez les Dogons) peut avoir un caractère inter-ethnique (Mandingue-Peul, Bamanan-Peul, Sonrhai-Dogon, Dogon-Bozo, Minianka-Sénoufo, etc.).. L’alliance peut unir aussi des groupes ethniques à des castes (Peuls-Forgerons) ou des castes entre elles (forgerons-autres castes.) ou encore des contrées entre elles dans la mesure ou celles-ci ont un peuplement relativement homogène.

Quant aux fonctions du sanankouya, Sory Camara (qui a entrepris une étude des différents aspects de l’alliance) retient que celle-ci à travers les échanges verbaux à caractères irrévérencieux entre alliés «permet de canaliser les tensions éprouvées dans les rapports de parenté clanique et avec les alliés matrimoniaux».

En effet le sanankouya établit une relation pacificatrice qui joue le rôle d’exutoire de tensions qui autrement dégénéreraient en violences. Comme l’écrit fort justement Sory Camara «il s’agit de désamorcer la guerre, de la jouer pour ne pas la faire». Ainsi le sanankouya permet aux africains de l’ouest de différentes contrées de fraterniser au premier contact, de dédramatiser des situations qui ailleurs conduiraient à des conflits ouverts.

Au Mali, le sanankouya agit comme une thérapeutique qui participe quotidiennement à la régulation sociale. Les plaisanteries qu’échangent les alliés contribuent à détendre l’atmosphère, à rétablir la confiance, toutes choses indispensables au dialogue.

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